Un groupe de militaires français a sauté en parachute samedi au-dessus de La Ferté Alais depuis un Junkers 52, octogénaire dans sa conception, le fameux bombardier « Tante Ju » de la Luftwaffe pendant la seconde guerre mondiale mais également célèbre sous son nom d’AAC1 (Ateliers Aéronautiques de Colombes ) « Toucan » et utilisé par l’armée de l’air française en Indochine et en Algérie.
Chaque année, le meeting aérien de La Ferté Alais, au sud de Paris, rassemble des milliers de passionnés venus de toute l’Europe pour voir voler des avions parmi les plus anciens au monde. Et chaque année il réussit à étonner un public très exigeant en renouvelant ses présentations et en enrichissant sa gamme d’appareils. Cette année, la vedette était tenue par une escadrille de Steiglitz et par le nouvel avion de transport militaire A400M.
Les habitués connaissent le rituel : arriver tôt pour trouver une place sur le parking, installer les fauteuils pliants, les escabeaux pour les photographes, les parasols car le soleil cogne sans qu’on s’en aperçoive, avec un petit vent généralement frais sur la colline de Cerny. Certains arrivent en camping-car dès le jeudi soir, veille de l’ouverture, pour aller stationner au meilleur angle de vue possible.
Car La Ferté c’est l’anti-salon du Bourget : le public est partout sur les pistes – sauf une petite zone très discrète de tentes réservées aux VIP invités par les organisateurs et les industriels dont Dassault – et il est chez lui au vrai sens du terme, car le rendez-vous des «Amis de Jean-Baptiste Salis » réunit d’abord des pilotes en activité, d’anciens pilotes et de futurs pilotes… plus une armée de collectionneurs, figurants, fanatiques de l'aviation et autres passionnés d'histoire.
La journée se passe en survols, lâcher de parachutistes, baptêmes de l’air en hélicoptère, reconstitution de batailles aériennes dont le désormais classique Pearl Harbor avec son duel de T6 américains et japonais (déguisés en Zéro) et visite au sol de l’incroyable parc de vieux avions rassemblés sur les pelouses ainsi que da la collection Salis dans les hangars, y compris le simulateur de vol de Blériot XI appartenant à EADS.
Les militaires français ayant sauté du Ju 52 Toucan, comme leurs aînés à Dien Bien Phu où il sera progressivement remplacé par le C47 Dakota américain, se sont étonnés de la facilité du saut à la vitesse aussi lente de l’avion en largage, entre 200 et 250 km/h. "C’est fabuleux, on sort par la portière, on monte sur l’aile et il suffit de lâcher la main pour s’envoler", a dit l’un d’entre eux. En Indochine, les largages opérationnels étaient faits à très basse altitude et en automatique. Hommage à Dassault, le chef du stick est venu poser son aile tricolore devant le chalet du constructeur français où Serge Dassault, héritier des avions Bloch, a certainement pu apprécier les évolutions du Junkers-Toucan en connaisseur…
L’Armée de l’air et la Marine ont participé au meeting en faisant quelques passages spectaculaires : deux Mirage 2000, deux Super-Etendard Marine encadrant un Morane 760 Paris (le concurrent malheureux du Fouga Magister, transformé par l’armée de l’air en avion de liaison à quatre places), Rafale et A400M.
Il n’est pas possible de tout raconter, tout décrire dans le détail. Le travail de préparation des démonstrations aériennes est stupéfiant, et il fait faire une mention spéciale à deux ballets hors du commun : celui des biplans et triplans (ci-dessus) de la première guerre mondiale (Sopwith, Nieuport 17, Fokker DRI, Schönikett) et celui des six Focke-Wulf Fw 44 Steiglitz (ci-dessous à gauche), d’une précision totale.
Le Fw 44 (au-dessus à droite) est l’appareil qui a permis à l’armée allemande de former tous ses futurs pilotes de combat dans les années 1930, alors que le Traité de Versailles lui interdisait d’avoir une armée de l’air. Un exploit d'avoir fait venir de plusieurs pays d'Europe ces six appareils en parfait état, La Ferté ne dément pas sa réputation !